Dans les Collines rurales il n’y a, traditionnellement, pas de grandes manifestations folkloriques. Pourtant, par sa géomorphologie notre paysage est bien individualisé. Les collines sont responsables de l’isolement des communautés villageoises qui vivent en autarcie. D’autant que jusqu’à la fin du 18e siècle et la construction de la chaussée autrichienne, Gand – Valencienne, il n’y a qu’une voirie empierrée, la chaussée Brunehault, antique chaussée romaine, qui traverse les Collines. Quant au relief, il a favorisé le développement d’un esprit de clocher hypertrophié. Nos villages sont autant de microcosmes qui vivent largement repliés sur eux-mêmes.
Cette vie en circuit fermé va favoriser l’émergence de nuances dans le parler picard local, d’un village à l’autre, parfois d’un hameau à l’autre. Ël parlâch’ de nos vîy gé (le parler de nos anciens) tellement imagé dans ses tournures et expressions empruntées à la nature et à la vie rurale.
De la vie religieuse qui a longtemps imprégné la population avec ses processions, il reste les ducasses. Elles perdent leur caractère de « dédicace » au saint patron local et deviennent des fêtes foraines, mais continuent de rythmer la vie sociale. Les rivalités politiques, catholiques – libéraux, du 19ème siècle ont favorisé le développement des philharmonies et des troupes théâtrales. La deuxième venant en source de financement de la première. Si beaucoup ont disparu, certaines ne restent pas moins bien vivantes.
Il y a aussi un fond culturel qui remonte à la nuit des temps, long tchî (loup garou), mène karré (charivari), lumerot’ (halloween)… que le 20ème siècle et ses deux guerres ont relégué dans le domaine de la mémoire.
Enfin, le tout à la voiture de la fin du 20ème siècle marque l’arrêt de l’hémorragie migratoire de nos campagnes et s’accompagne de l’exurbanisation (arrivée des néo-ruraux). Des ducasses de hameaux, disparues, renaissent. Dans le prolongement de « mai 1968 », apparaissent plusieurs initiatives, Foire aux artisans, Paysans de la Place à l’Aulnoit, fête de la moisson, Sabbat des Sorcières… qui construisent le folklore d’aujourd’hui.
André Cotton